PALISSADE

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Photo ©JL+L

vendredi 19 octobre 2012

PIRE L’ÉCOLE ? VOUS VOULEZ RIRE !




Au risque de me faire quelques ennemis et/ou accuser de mauvais esprit, je vais vous expliquer pourquoi, une fois encore, je trouve que ce n’était vraiment pas mieux avant.

Pour ce faire, je compte m’attacher à traiter d’un sujet que je pense connaître un petit peu, pour l’avoir fréquenté quelques décennies, à divers titres : celui de l’Éducation Nationale.
 Par exemple, quand j’étais élève, il m’est arrivé d’être le témoin de quelques chahuts. Nous avions, en classe de philosophie (tout de suite, l’expression me classe dans la catégorie des quasi-mourantes) un prof de physique qui ne parvenait vraiment pas à attirer l’attention au-delà des quatre filles à lunettes du premier rang. (Stéréotype, je sais).

Les autres étaient bien trop occupés à démonter le plateau d’un bureau, et de le faire passer à bout de bras, de rang en rang, tâche aisée dans la salle en amphithéâtre qui nous accueillait.
Eh bien, vous n’allez pas me croire : le fait est passé inaperçu de tous, et en particulier du pauvre monsieur en blouse blanche qui avait le nez collé à ses formules, sur le tableau noir, et à qui il ne serait jamais venue l’idée saugrenue de se retourner, et encore moins de nous punir pour un amusement aussi anodin.
Résultat ? Le plateau a été remis en place à la fin de l’heure, et tout s’est bien terminé, sans le moindre cri (hormis les glapissements des filles voyant la planche de bois leur passer devant le nez). Heureusement, car si le Proviseur avait appris la chose, bonjour l’exclusion – et la honte.

De nos jours, ce ne sont pas des bureaux que l’on démonte, non, ce sont des radiateurs. Et pas dans la classe, mais dans le couloir. Avouez que cela a une autre classe, si je puis dire ! Et quand on en retrouve les morceaux nageant dans une flaque d’eau, de cambouis, de calcaire, et le mur défoncé… Il ne se passe rien non plus. On sait très bien qui a pu faire quoi et quand… mais de là à passer à une action punitive, faut pas pousser. On risque de commettre une erreur judiciaire, et si France 3 s’en mêle, bonjour le scandale – pour le chef d’établissement. Le radiateur, lui, sera réparé (ou pas) avant l’hiver.

Quand j’étais au lycée, toujours comme élève, il m’est arrivé de sécher les cours. Je l’avoue, car je pense qu’il y a prescription, ne serait-ce que parce que notre brave directrice de l’époque n’est plus de ce monde pour me le reprocher. Il faut dire que la tentation de la plage de Cannes et de La Croisette au moment du Festival était plus forte que celle d’un cours sur les coléoptères et leurs élytres rigides. Donc, nous nous sauvions par groupe de trois ou quatre, en passant la barrière comme si nous n’avions plus cours. Fastoche. Les « pionnes » avaient autre chose à faire que de nous demander si nous étions bien externes. Comme par exemple, lire Nous Deux, ou Confidences.

De nos jours, les collégiens « font la grille » Pareil, ils sortent  de l’établissement comme d’un moulin. Une classe entière s’évapore ainsi. Pourquoi rester à s’enquiquiner en permanence quand on peut aller s’amuser sur le parking du supermarché voisin, franchement, entre les deux il n’y a pas photo. Les « surveillants** », eux, sont bien trop occupés à envoyer des textos ou à jouer aux cartes dans leur bocal (si, si, je l’ai observé), pour se demander pourquoi toute une classe n’est pas en cours d’histoire. Et si le prof vient se plaindre, il sera accusé (à tort) d’avoir été en retard, ou de ne pas savoir motiver ses élèves. Logique.

Il fut un temps où on demandait aux élèves de se lever quand Monsieur le Proviseur entrait dans la classe (ou, du reste, tout autre adulte). Cela ne posait aucun problème, on faisait juste un peu de bruit en raclant nos chaises si l’intrus était impopulaire.

De nos jours, la classe entière s’exclamera « Oui Chef !» une fois le Principal sorti de la salle – histoire d’entériner ses recommandations de discipline.
Au prof de maîtriser la situation, une fois la porte refermée.

Il fut un temps où l’inspection générale était respectée, et même crainte. Les inspecteurs mouillaient leur chemise en venant voir ce qui se passait dans les classes, et au final  (sic) récompensaient les professeurs les plus dynamiques,  encourageaient les moins performants, en leur prodiguant conseils et suggestions de stages*. C’était rassurant.

À présent, ils font exactement la même chose… de loin. En suggérant adroitement aux professeurs en difficulté (rebaptisés « enseignants ») de se prendre en charge, de travailler en équipe, de trouver des solutions pédagogiques aux problèmes de discipline. C’est toujours très rassurant.

Tout cela vous paraît exagéré ? Allez donc faire un petit tour dans un collège, parlez aux professeurs, plutôt qu’à l’administration, passez vos jeunes au grill de la question, et vous verrez que ce récit n’est qu’un pâle reflet de ce qui s’y passe.
Pour ce qui du retour dans le passé, je vous fais confiance, vous assurerez !

Le plus de ce constat : Plus ça change, et plus c’est la même chose... en pire. Ça devrait vous éviter de vous prendre la tête, et même vous mettre du baume au cœur, surtout si vous avez des enfants d’âge scolaire. Non ? Oh ! ça alors, quelle ingratitude envers les collèges de France !





* stage : (mot désuet dans ce contexte) : il s’agissait de journées qui permettaient à des professeurs de se recycler, sur leur temps de travail, et de mettre leurs expériences en commun. 
** surveillants : le terme exact est « assistants d’éducation », ce qui est bien plus approprié, on en conviendra. Tous les étudiants rêvent d'en acquérir le statut. 

4 commentaires:

  1. Cet écrit correspond à ma réalité et celle de beaucoup de collègues... et encore le pire n'y est pas évoqué. Les mots sont justes et bien choisis car ils me parlent directement. J'apprécie l'aller-retour dans le temps :-)

    Encore merci de faire entendre la voix de ceux et celles qui se trouvent dans des établissements mal gérés.
    Une admiratrice que vous reconnaîtrez ...

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  2. Et oui à chaque ministre sa réforme.........Les élèves ne changent pas c'est le contexte qui change et la société et le cadre de vie etc.etc..la formation manque et la concertation avec le partage des expériences........

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  3. Et pendant ce temps, l'école privée la plus connue de la ville
    s'agrandit une nouvelle fois ....

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  4. Ton slogan final est une réponse parfaite à l'éternelle question du c'était mieux avant... ou pas. Faux problème par excellence, mais vraie question.

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