En deuil

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mercredi 31 octobre 2012

ROTH & BOND : Cherchez l’intrus.



Il n’y a en effet rien de commun entre ces deux noms, et où serait l’intrus, s’il n’y a que deux protagonistes ? Ça commence mal !
Pourtant, si, il y a un rapport.

dimanche 21 octobre 2012

LES DEMOISELLES DU SWING




Franchement, ce film conçu pour la télévision et présenté par la RAI en 2010 mérite bien que je me précipite à nouveau sur ce blog pour vous faire part de mon enthousiasme, et surtout, si vous l’avez raté, pour que vous ayez le temps de le voir, lors de sa prochaine rediffusion sur Arte le jeudi 1er ou vendredi 2 novembre à 00 :25 (à vérifier).

Basé sur une histoire vraie, celle du Trio Lescano, il nous montre l’ascension fulgurante de trois sœurs hollandaises - de leur vrai nom Leschan - qui coïncide avec celle de l’Italie fasciste. Il s’appelle en italien LE RAGAZZE DELLO SWING (hélas en français ou en allemand seulement à partir de ce lien.)

En français, LES DEMOISELLES DU SWING, réalisé par Maurizio Zaccaro.
Ces chanteuses ont, en vrai, séduit toute l’Italie, en gommant adroitement (avec l’aide des plus puissants) le fait que leur mère (superbe Sylvia Kristel dans le film) était juive.


Au-delà d’une reconstitution d’une qualité rare, d’une bande son à couper le souffle, d’actrices délicieusement crédibles, vous y découvrirez toutes les nuances de cette époque trouble.
Il y est question de tous les aspects qui personnellement m’interpellent depuis longtemps, et qui sans doute remontent à ma découverte du film de Louis Malle, fort controversé en son temps, Lacombe Lucien.

Certes les sœurs qui chantent sont séduisantes, (tout comme les actrices qui les interprètent) ; leur histoire personnelle est émouvante ; leurs amours aussi, mais, surtout, tous ceux qui gravitent autour d’elles ont du corps – y compris les personnages secondaires, ce qui est rare, surtout dans un télé film.

En particulier, nous découvrons une fois encore que ce n’est pas l’idéologie pure qui motive les êtres, mais leurs frustrations, voire leur humiliation. Ils deviennent dangereux comme le sont les animaux blessés : par auto-défense, par malheur. Tel amoureux rejeté, dont la seule ambition était de gagner une auto, la seule satisfaction celle d’écouter la radio à tue-tête, en arrivera à la délation, à l’acte irréversible qui entraînera la chute de celles qui l’ont, sans le savoir, humilié.
Inversement, le pire des endoctrinés a un cœur d’esthète, et ne peut voir son rêve bafoué sans réagir, au moment fatal où il se retrouve face à la réalité.

Nous savons qu’une femme amoureuse est prête à tout pour sauver son homme en danger de mort. Mais si elle a, ancré en elle, le sens du juste, elle commettra le faux pas qui sauvera un autre que son amant – c’est là un passage poignant de la seconde partie de ce film.

C’est tout l’intérêt de ce qui n’aurait pu être qu’une bluette romanesque de plus sur la période, que de montrer avec autant de subtilité, et de talent cinématographique, un épisode révélateur du pire et du meilleur qui habitent chacun d’entre nous.

Long de deux épisodes de deux heures, il est, en effet long, surtout pour les couche-tôt !  Mais peu importe. Il est passé, il repassera, et je suis ravie d’avoir ainsi pu recevoir une petite leçon d’italien, quelques bribes de néerlandais et une lichette d’espagnol à la fin – bonus gratis, un vrai rêve de linguiste.
Alors, tous à vos graveurs !


crédits photo : Arte 

vendredi 19 octobre 2012

PIRE L’ÉCOLE ? VOUS VOULEZ RIRE !




Au risque de me faire quelques ennemis et/ou accuser de mauvais esprit, je vais vous expliquer pourquoi, une fois encore, je trouve que ce n’était vraiment pas mieux avant.

Pour ce faire, je compte m’attacher à traiter d’un sujet que je pense connaître un petit peu, pour l’avoir fréquenté quelques décennies, à divers titres : celui de l’Éducation Nationale.

jeudi 11 octobre 2012

SAUVE TOI, LA VIE T'APPELLE





Tel est le beau titre que Boris Cyrulnik a donné à son dernier livre. J’ai eu le plaisir de me le voir dédicacer à Mouans-Sartoux, le weekend dernier. Ceux qui suivent ce blog savent l’admiration que j’éprouve pour ce monsieur, et je ne vais pas m’étaler une fois de plus en vagues de gratitude écoeurante à son sujet.

Toutefois, l’ayant écouté attentivement, et en plusieurs lieux, parler de ce « merveilleux malheur » qu’il a traversé, je souhaite développer quelques aspects cet ouvrage qui ne peut que toucher à l’âme de l’enfant qui est en chacun d’entre nous.

Tout d’abord, l’amoureuse des mots que je suis est visée au cœur par cette phrase : « L’impact d’un événement sera moins traumatisant si, avant le fracas, l’enfant ayant acquis un attachement sécure a appris un outil précieux de la maîtrise émotionnelle : l’aptitude à verbaliser. »

"Au commencement était le verbe", dit le texte sacré. Boris Cyrulnik, en ajoutant  cet axiome à la notion de sécurisation précoce, éclaire ainsi tout un pan de notre société, malade de la violence qu’elle engendre elle-même par ignorance, et il me conforte dans ce que je tiens pour être essentiel, "l’aptitude à verbaliser".

Quand j’enseignais, j’expliquais à mes élèves que parler, échanger ou dialoguer, était la meilleure façon d’éradiquer la guerre. Simpliste peut-être, mais face à des ados qui se bourraient déjà de coups de poing pour un regard, cela avait sa raison d’être, surtout pour un prof de langue. La guerre, au fond, débute souvent par des quolibets, des menaces, des rodomontades, qui débouchent sur des coups de couteau mortels. Il n’y a qu’à relire Romeo et Juliette pour se convaincre que, même exprimé de manière poétique, ce qui commence par un pied de nez* se termine par un meurtre.

J’ai également entendu Boris Cyrulnik dire, en interview, que ce qui sauve du trauma, outre la sécurisation précoce, c’est la culture. Face aux hordes barbares, car dé-culturées, qui nous font si peur, c’est bien cette arme là qu’il nous faut brandir, et, pour cela, s’en donner les moyens. Révolutionnaire, non ?


Ensuite, il y a dans ce livre, derrière les mots, le poids du silence.  « D’abord j’ai dû me taire pour ne pas mourir, puis je me suis tu pour être tranquille. »

Boris Cyrulnik m'explique clairement l’intuition que j’ai eue en créant un personnage qui perd sa voix, dans Histoires floues. Comme lui, Elsie, orpheline et survivante, s’est mise à confier le passé au papier, soixante ans après les faits. En lisant les mots de Boris Cyrulnik, un frisson m’a parcourue : celui qui saisit la femme prise en flagrant délit de sorcellerie, mais qui ne peut s’empêcher de respecter cet autre sorcier qui l’a comprise.
Ce même sursaut est celui qui vous ébranle quand vous lisez quelque chose qui touche à l’universel – Boris Cyrulnik, le scientifique, vous explique avec limpidité l’inexplicable qui est en vous. C’est saisissant, troublant et rassurant en même temps. Votre expérience est unique, mais ce n’est n’est plus angoissant : c’est humain.

Il y a aussi dans ce livre, une injonction : celle de son titre. Celui-ci me rappelle un beau livre, écrit il y a bien longtemps par Ania Francos. Il s’appelait « Sauve-toi, Lola » et racontait la bataille menée par son auteur contre la maladie, avec l’aide du Professeur Schwartzenberg. La similitude : Le cancer, c’était pour elle une réminiscence de la traque ourdie par les nazis, et, comme en temps de guerre, il lui fallait mobiliser toute son énergie pour se sauver. Bataille perdue, hélas, pour cette femme-là, mais elle a eu le temps d’écrire ce beau livre qui est resté dans ma mémoire, et qui la garde vivante.



Autre point édifiant de ce récit : l’explication du processus de la mémoire. En s’appuyant sur des exemples précis, il nous démontre comment nous reconstruisons une réalité après coup : « La contamination affective du présent par le passé s’ajoute aux distorsions inévitables  de la représentation des faits passés » ; et l’on comprend mieux ainsi pourquoi certains (voire certaines !) racontent des histoires fausses, criantes de vérité. Et inversement.
Pourquoi cela ne m'étonne-t-il pas de lire sous sa plume qu'il avait songé à être écrivain, avant de formuler l'intention, à l'âge de onze ans, de devenir psychiatre ? Il est évident qu'il a accompli ses deux rêves. Sans ce talent d'écrivain, le médecin ne toucherait pas notre âme aussi sûrement. 

Sauve toi, la vie t’appelle : Boris Cyrulnik s’adresse ainsi autant au petit garçon qu’il fut qu’à ses lecteurs, en leur disant que c’est la vie, et rien d’autre, qui vaut la peine de se battre. Il a survécu. Mieux que cela, il a aidé, et aide encore tant de gens à survivre que le terme gratitude me paraît bien faible aujourd’hui pour définir ce que l’humanité doit à ce genre d’homme, que, dans notre tribu commune, on appelle un «mensch** ».



*(en anglais, « Do you bite your thumb at us, Sir ? » : le pouce en bouche était la suprême insulte, à Vérone aussi, cf Romeo and Juliet, Shakespeare, Acte 1 scène 1)
**un vrai homme, un homme que l’on respecte.

Photo prise à Mouans-Sartoux lors de l'interview accordée à Gérard Camy. 



lundi 1 octobre 2012

"ENTRE GUILLEMETS"




Quand on dit que les Français n’aiment pas écrire, on se trompe. Ils écrivent, même quand ils parlent !
Il n’y a qu’à voir, ou plutôt les écouter. Ils mettent à l’oral, comme dans les textes qu’ils écrivent, une ponctuation forcée partout. Je ne parle pas des majuscules, on ne les entend guère, celles-ci ; bien que l’influence anglo-américaine ait frappé à l’écrit : on les surprend en tête des noms de jours de la semaine et des mois, ou des saisons ;  chacun oubliant la façon dont ils étaient inscrits au tableau noir de notre enfance, à savoir, en minuscules*. Non, je veux parler ici des guillemets.

Rappel :
Guillemets, n.m : Signe typographique que l’on emploie par paires (« … ») pour isoler un mot, un groupe de mots, etc., cités ou rapportés, pour indiquer un sens, pour se distancier d’un emploi ou pour mettre en valeur.
Locution orale : entre guillemets, se dit pour indiquer qu’on ne prend pas à son compte le mot ou la locution qu’on emploie. Un type normal entre guillemets ; il est venu avec sa femme entre guillemets (=prétendue, soi-disant).

S’il semble évident d’utiliser la première entrée du Petit Robert à l’écrit, chaque fois que l’on cite quelqu’un, ou un texte, la seconde entrée paraît encore plus indispensable à nos contemporains francophones – comme aux Américains, en particulier. On notera, du reste, l’accompagnement gestuel, deux doigts de chaque main ouvrant et fermant ces guillemets aériens, pour bien insister sur la locution ainsi isolée. S’y ajoutent un regard figé, des sourcils froncés et la moue ad hoc qui resserre les lèvres.
Exemples :



-       Alors, il lui a fallu un certain courage, entre guillemets, pour ne pas réagir.
-       Franchement, là, je me demande si tu as eu raison, entre guillemets, de t’énerver.

 Perso (sic), je me demande pourquoi on a cessé d’appeler un chat un chat. Dans la phrase 1, je remplacerais volontiers le mot courage par une expression plus triviale. Dans la phrase 2, je dirais plus directement, « Non mais, tu ne penses pas que t’as fait une belle connerie  en lui cassant la gueule ? »

Ces guillemets, au final (sic), ce sont des outils de dérobade, plus que de distanciation. On a rajouté au politiquement correct verbal encore plus de métaphores, gestuelles celles-là, comme pour absolument tout nuancer de toutes ses fibres, et se faire pardonner à l’avance le moindre débordement qui risquerait d’en offenser certains.

Perso (re-sic), j’ai envie de dire (encore un de ces tics que j’adore), cessons d’avoir peur de la langue. Et pour citer, cette fois entre de vrais guillemets, le psychanalyste Léopold Lévy, découvert sur mon blog favori, JEWPOP, « pour que la parole continue à être créatrice et vivante », je vais tenter de cesser de l’édulcorer, en ôtant, pour commencer ce geste de ma panoplie de grimaces. Fini le flou !

L’avantage : moins de rides en formation. Je parie que ce sera aussi efficace que la toxine botulique, et bien plus ferme en matière d’expression.
Ça, j’avoue que je n’y avais pas pensé en commençant ce billet. Mais il faut reconnaître que c’est  plus convaincant que de citer le Robert. Et, non, SVP, pas de débordements sur les petits roberts. La nuance, ça a quand même du bon.



*Merci à nos amis canadiens qui nous en rappellent les règles, ICI.