En deuil

En deuil

mardi 27 août 2013

UN ENTRETIEN AVEC EDITH OCHS, TRADUCTRICE



On sait que je lis pas volontiers les traductions de l'anglais, préférant toujours la V.O à un doublage, mais le jour où j'ai feuilleté, en vue de l'offrir, la version française du roman de Erik Larson, Dans le jardin de la bête, j'ai été d'emblée estomaquée par la qualité du texte que j'avais sous les yeux. 




J'ai donc retenu le nom de la "voix française" de cet auteur américain : EDITH OCHS. La vie est bien faite, puisque la voilà aujourd'hui face à nous ! 
Alors, pour commencer ce troisième entretien autour de la traduction, je lui laisse le soin de se présenter :

Traductrice littéraire, écrivain, journaliste, chroniqueuse (Causeur) et bloggeuse (Le Huffington Post). Écouter avec la 3ème oreille de Theodore Reik m'a donné le virus de la traduction. Mais la traduction est un maître redoutable. Pour entretenir la passion, il y a eu Theodor Roszak, Ian Rankin, Arthur Phillips, Shane Stevens, Erik Larson, Austin Ratner...
Journaliste, je traduis aussi pour la presse (Libération).
J'ai écrit de nombreux articles, notamment sur les minorités, la culture et l'histoire, et co-signé deux livres avec Bernard Nantet : À la découverte des Falashas, la tribu retrouvée (éd. Payot) et Les Fils de la sagesse, les ismaéliens et l'Aga Khan (éd. Lattès). 

Bienvenue sur Gratitude, Edith !

jeudi 22 août 2013

SAINT-MARTIN VÉSUBIE 1943-2013 COMMÉMORATION DU 70ÈME ANNIVERSAIRE DE "L’EXODE BIBLIQUE"






C’est un triste anniversaire que celui de cette marche forcée, de cet « exode biblique », qu’entreprirent les Juifs étrangers, réfugiés à Saint-Martin Vésubie, petit village du Mercantour, au dessus de Nice.

Ils y avaient été assignés à résidence dès 1941 par les autorités italiennes d'occupation, mais, lorsque les nazis envahirent la zone à leur tour, en septembre 1943, le refuge n’en fut plus un, et environ 1000 Juifs partirent à pied, femmes, enfants, vieillards, dans la montagne, en direction de l’Italie, par les cols de Fenestre (2474 m) et de Cerise (2543 m). Franchir un col par beau temps, bien équipé et entraîné, ce n’est déjà pas tellement aisé, alors imaginons cette cohorte de pauvres gens terrifiés, contraints de se hâter le long de ces sentiers vertigineux, chargés de valises et de baluchons, sans savoir ce qui les attendrait une fois arrivés de l’autre côté… 340 d'entre eux y furent arrêtés, emprisonnés à Borgo San Dalmazzo, avant d’être déportés vers Auschwitz en novembre 1943.

Pour plus de rigueur historique, je citerai à présent un éminent historien spécialiste de la période, le Professeur Jean-Louis Panicacci :

"Saint-Martin-Vésubie avait été choisi par le gouvernement de Vichy, en 1942, pour abriter un centre d'assignation à la résidence des Juifs étrangers. Nous savons qu'au mois d'août, 222 d'entre eux en avaient été chassés pour cause de marché noir et refoulés sur Nice (3). L'arrivée, en novembre 1942, des troupes italiennes d'occupation contribua à renforcer la colonie israélite de la capitale de la "Suisse niçoise". En effet, les officiers supérieurs de la IV° Armateur, en accord avec les diplomates puis avec les policiers transalpins, mirent un frein aux persécutions antisémites sur la Côte d'Azur mais, pour donner une satisfaction, fut-ce limitée, à leurs alliés allemands, décidèrent d'assigner à la résidence tous les Juifs étrangers en situation irrégulière a Vence, Saint-Martin Vésubie, mais aussi dans les Basses-Alpes et en Haute-Savoie. Le village vésubien accueillit ainsi en 1943 trois cents familles juives, pour la plupart originaires d'Europe centrale et orientale, qui furent logées dans une douzaine d'hôtels et de pensions ainsi que, pour les plus fortunées d'entre elles, dans des villas et des chalets. Les logements étaient réquisitionnés par les autorités militaires, l'hébergement étant financé par le Centre d'Accueil de Nice. Les "résidents" devaient se présenter deux fois par jour au poste de police italien et n'avaient pas le droit de quitter le village à l'intérieur duquel ils jouissaient d'une liberté à laquelle ils n'étaient plus habitués. La place servait de lieu de rencontre et d'échange de vues, les visites étaient autorisées, une synagogue, une école et un hospice fonctionnaient, la vie culturelle était animée par de jeunes sionistes, un comité élu répartissait les fonds expédiés par le Centre d'Accueil de Nice. La crainte faisait place à la sérénité, favorisant la conclusion de mariages.
L'annonce de la capitulation italienne, le soir du 8 septembre; provoqua une inquiétude qui se mua rapidement en excitation ; la trêve était terminée, la chasse à l'homme reprenait. Le comité décida de se rallier à la majorité des "résidents" qui souhaitait accompagner en Italie le repli déjà amorcé de la IV° Armata, convaincue d'aller au devant des Alliés. Les départs s'égrenèrent du 8 à minuit à l'aube du 10, ils concernèrent plus d'un millier de personnes (1) qui suivirent deux itinéraires : le Boroncol de Cerise (2543 m.)-Valdieri emprunté par un groupe de 200, la Madone de Fenestre -col de Fenestre (2474 m.)-Entraque emprunté par la majorité. Le voyage fut mouvementé pour des citadins mal équipés devant évoluer en haute montagne avec des chaussures de ville, des valises, des enfants dans les bras, qui durent passer deux nuits à la belle étoile, subir le froid, la pluie et le vertige. Les survivants de cet exode le comparèrent plus tard à une "marche biblique", la Mer Rouge ayant fait place aux ravins du Mercantour. Les éléments de la G.A.F. (2) installés sur les cols firent de leur mieux pour aider les fugitifs dont beaucoup s'étaient débarrassés de leurs bagages. Après des haltes dans les premiers hameaux italiens, les arrivées s'échelonnèrent jusqu'au 13 à midi à Valdieri et Entraque, où elles suscitèrent beaucoup de curiosité. La majorité des fugitifs comprit rapidement le danger constitué par une trop forte concentration dans les deux villages de la Valle Gesse et commença à se disperser vers la plaine du Pô ou vers les vallées voisines afin d'éviter un coup de filet toujours possible de la part des Allemands installes à Cuneo depuis le 12. Ces derniers, informés de l'exode, décidèrent le 17, à Borgo San Dalmazzo, d'afficher des avis menaçant de mort tous les étrangers qui ne se seraient pas livrés avant le lendemain soir. 350 Juifs se rendirent et furent internés dans la vieille caserne des "Alpini" jusqu'au 21 novembre lorsqu’un un train déporta 330 d'entre eux vers Nice via Savone : par une curieuse ironie du sort, les auteurs de la "marche biblique" retrouvaient la Côte d'Azur quittée quelques mois plus tôt ; ils n'y séjournèrent pas longtemps : dès le lendemain, des convois les transportèrent à Drancy puis à Auschwitz, où seulement 9 survécurent à l'holocauste."
Jean-Louis PANICACCI

(1)Il est à noter que la commune ne mentionna pas la présence, puis l'exode des Juifs dans les réponses qu'elle fit l'enquête sur l'Occupation effectuée en 1948.
(2)   Nella flotte straniera. Gli ebrei di S.Martin Vésubie e il campo di Borgo S.Dalmazzo, Editiuni L'Arciere, Cuneo, 1981, 179 pages.
(3) L'Éclaireur de Nice et du Sud-Est, 7.8.1942
(source : ici.) 

Tous les ans, donc, une marche commémore l’événement. Italiens et Français se rejoignent à la frontière, et honorent ainsi la mémoire des disparus…

Cette année, ce sera le 70ème triste anniversaire de cet exode. L'association pour la mémoire des enfants déportés à laquelle j'appartiens , l'AMEJDAM, y sera naturellement associée, ainsi que le Comité pour Yad Vashem Nice Côte d'Azur, qui honore les Justes. 

Voici donc le programme des manifestations qui auront lieu à Saint-Martin Vésubie les 31 août et 1er septembre 2013.
(Pour tout renseignement, appelez le : 06.07.42.55.18)





À NOTER, dans le cadre de cette commémoration, la présence de la chanteuse Talila, déjà évoquée sur ce blog, qui nous fait l’immense honneur de venir chanter en yiddish à Saint-Martin le dimanche, devant la plaque commémorative.

Le lundi 2 septembre, nous aurons le grand plaisir de pouvoir écouter à nouveau TALILA, à Nice, au Centre Kling, 3, avenue Jean Médecin, (= 5 Place Masséna) lors d’un concert exceptionnel. Elle sera accompagnée par le musicien Teddy Lasry. 





NB : Consultez également les travaux de Jean Kleinmann sur le sujet, ici
Un documentaire très intéressant peut également être loué ou acheté ICI

Et, parce que la littérature fait survivre, je n'oublie pas non plus de rappeler à votre attention le roman de Jean-Marie Le Clézio, ÉTOILE ERRANTE, dont le point de départ se situe précisément en ces temps et lieux. 



samedi 17 août 2013

UN ENTRETIEN AVEC SÉBASTIEN CAGNOLI, TRADUCTEUR







Tout d’abord, voici une courte note biographique afin de présenter mon invité :

Né à Nice en 1976, Sébastien Cagnoli est ingénieur de formation (diplômé de l’École Centrale) et traducteur de l’anglais (poèmes de A.E. Housman, théâtre de Philip Ridley) et de langues finno-ougriennes. Du finnois, il a traduit notamment de la poésie (Uuno Kailas, Caj Westerberg) et des romans (Daniel Katz, Sofi Oksanen, Mikko Rimminen, Katja Kettu). Il effectue des recherches universitaires sur le théâtre en langue komie. 


Alors, voilà, je ne vais pas faire semblant, et le vouvoyer, je le connais depuis trop longtemps pour ça, et inversement !  Mais je vais le titiller et tenter de lui tirer le maximum d’information en un minimum de temps, car il est très occupé – vous allez comprendre pourquoi.

samedi 10 août 2013

UNE ENTREVUE AVEC LE PROFESSEUR ALBERT BENSOUSSAN




On ne devrait pas avoir à présenter Albert Bensoussan, auteur prolifique, et traducteur (souvent avec mon amie Anne-Marie Casès, à qui je dois de l'avoir rencontré) du Prix Nobel de Littérature 2010, Mario Vargas Llosa.


Il est l’auteur de nombreux livres, et en particulier de L’IMMÉMORIEUSE, dont j’ai rendu compte ICI lors de sa sortie.



Il me fait l’honneur de sa présence sur GRATITUDE, dont il orne régulièrement la partie commentaires de sa patte, en prouvant avec assiduité qu’il n’est pas un robot.
Grand amateur de borscht, il m’a également fait le délicieux cadeau de la préface des RECETTES À LA VIE, À L’AMOUR, que l'on peut découvrir sur ce site. 

Mais je m’égare, car je l’ai invité aujourd’hui à répondre à quelques questions sur la traduction. Les voici, et ses réponses, en exclusivité :


Cher Albert, la passion des mots vous habite, je le sais, alors est-ce que le goût de la traduction vous est venu parce que  vous écriviez vous-même, ou bien est-ce l’inverse qui s’est produit ?

En 1965, j’ai publié conjointement ma première fiction, « Les Bagnoulis » (Mercure de France) – directement rapportée du Djebel avec mes adieux à ma terre natale - et ma première traduction, « Franco, histoire d’un messianisme » (François Maspero). La première obéissait à la nécessité vitale de dire quelque chose avant de quitter l’Algérie pour  toujours ; la seconde était une commande mais aussi, malgré cela, façon de manifester à mon épouse, réfugiée de la guerre d’Espagne, mon amour. Depuis, mes deux fers aux pieds, je vais l’amble, sans trop savoir distinguer entre ma main droite et ma main gauche. Curieusement, mon prochain récit, Guildo Blues (Apogée, 2013), a le même nombre de pages (mais il y a bien d’autres parentés) que ma dernière traduction, Monastère, du Guatémaltèque Eduardo Halfon (La table ronde, 2014). À vrai dire, comme le personnage du scribouillard cher à Vargas Llosa, je finis par confondre mes voix.