En deuil

En deuil

mardi 20 septembre 2016

MOÏSE RAHMANI, PASSEUR DE BONTÉ.


 
Moïse Rahmani, 
photo prise au Salon du livre de la WIZO
en octobre 2012, à Marseille
© Cathie Fidler


La communauté juive sépharade est en deuil, et en particulier celle dont les origines les rattachent à Rhodes. Leur représentant le plus emblématique vient de les quitter. Nous tous qui l'avons côtoyé, que nous soyons sépharades, ashkénazes, ou simplement humains, sommes également infiniment tristes, car Moïse était l’homme le plus ouvert, le plus généreux, et le plus modeste que notre époque ait connu. Je ne ferai pas ici le récit de sa vie, je n’oserais pas être sa biographe. Non, je me contenterai de rendre hommage à celui qui a passé de longues années à rechercher et à faire connaître le sort de sa communauté d’origine, permettant ainsi aux plus néophytes – dont je suis – de prendre la mesure de la richesse de cet univers judéo-espagnol, de ce que furent sa langue, sa culture, ses traditions qui firent de cette île « un miracle de parfums de roses, de cannelle, de miel » – sans oublier son histoire, hélas si tragique, puisque 90% des Juifs de Rhodes ne revinrent pas des camps de la mort…

Ses livres sur le sujet : Rhodes, un pan de notre mémoire, et Sefarad, Sefarad ; une esquisse* sont, et resteront, les incontournables de toute bibliothèque qui se respecte. 



"L'ouvrage de Moïse Rahmani sur l'histoire juive de Rhodes 
est passionnant à plus d'un titre. 
Il évoque sa fidélité, sa richesse autant que sa souffrance. 
Le lecteur qui s'intéresse au destin admirable 
du Judaïsme sépharade 
y trouvera ample matière à réflexion". 
Elie Wiesel.

Mais Moïse Rahmani a également compilé dans un recueil délicieux un bon nombre de blagues juives regroupées par thèmes, intitulé « Tu choisiras le rire... », preuve que l’homme n’était pas enclin à se complaire dans la tristesse et la mélancolie, bien au contraire.


Moïse avait à cœur de partager, et de valoriser les autres. Je ne saurais écrire ce billet sans revenir sur notre merveilleuse rencontre. Celle-ci se produisit suite à ma première publication, Histoires floues, qu’il avait lue et recensée sur le site magistral qu’il avait créé pour mettre en valeur la revue sépharade qu’il avait fondée, « Los Muestros », et l’Institut Sépharade Européen de Bruxelles, où il vivait.

Nous avons ensuite communiqué par email, puis nous nous sommes rencontrés à Nice où il venait souvent, et c’est encore grâce à Moïse Rahmani que j’ai pu participer au salon annuel du livre de la WIZO, à Marseille, et même, une fois, au Salon du livre juif de Paris.

Moïse était un passeur. Pas seulement d’idées, ou de connaissance, mais un passeur de bonté. Il avait à cœur d’aider, de soutenir, d’encourager ceux et celles qui avaient l’heur de croiser son chemin. Homme pieux, et respectueux des rites, il ne jugeait pas ceux qui l’étaient moins. Il était en sympathie avec les autres, avec ceux qui étaient dans la peine, ou dans la douleur, et il savait trouver les mots pour l’exprimer. Il les enrichissait par sa présence, car ainsi que le dit la sagesse de sa culture : « El quen tien amigos es rico » – « Celui qui a des amis a la richesse ».

Alors aujourd’hui, je me doute que nous sommes très, très nombreux à éprouver de la peine à cause de son départ, et à nous associer au chagrin de sa famille. Mais je sais aussi que Moïse restera dans nos cœurs, et que nous tenterons de suivre son exemple, en cheminant, chacun à sa façon, sur le chemin de bonté qu’il a tracé, et que nous avons eu le privilège de suivre avec lui, un temps.

May he rest in peace. 

~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ 



BIBLIOGRAPHIE NON EXHAUSTIVE :


RHODES, UN PAN DE NOTRE MÉMOIRE
Éditions Romillat, Paris, 2000

SHALOM BWANA, LA SAGESSE DES JUIFS DU CONGO
Éditions Romillat, Paris, 2002

LES JUIFS DU SOLEIL, PORTRAITS DE SÉPHARADES DE BELGIQUE
Filipson Éditions, Bruxelles, 2002

L'EXODE OUBLIÉ, JUIFS DES PAYS ARABES
Éditions Raphaël, Paris 2003

RÉFUGIÉS JUIFS DES PAYS ARABES, L'EXODE OUBLIÉ
Réédition. Éditions Luc Pire, Bruxelles, 2006 

LA RÉPONSE DE NOA
Éditions de l'Institut Séfarade Européen, Bruxelles, 2003

SÉPHARADE 2004, UN ÉTAT DES LIEUX
Éditions N.L.A, Asnières 2004

SOUS LE JOUG DU CROISSANT, JUIFS EN TERRE D'ISLAM
Éditions de l'Institut Sépharade Européen, Bruxelles, 2005

LETTRE À UN FRÈRE
Éditions de l'Institut Sépharade Européen, Bruxelles, 2007

JUIFS DU CONGO, LA CONFIANCE ET L'ESPOIR
Éditions de l'Institut Sépharade Européen, Bruxelles, 2007

TU CHOISIRAS LE RIRE
Éditions Pascal, Paris 2008
 & 
LE 11ème COMMANDEMENT (réédition) 
Éditions de l'Institut Sépharade Européen, Bruxelles, 2010

JUIFS EN TERRE D'ISLAM, UNE MINORITÉ OPPRIMÉE
Éditions de l'Institut Sépharade Européen, Bruxelles, 2010

* SEFARAD, SEFARAD, UNE ESQUISSE 
Livre bilingue français-judéo-espagnol
Éditions de l'Institut Sépharade Européen, Bruxelles, 2014






jeudi 15 septembre 2016

N°300 : ÉVÉNEMENTS DE LA RENTRÉE.

CE BILLET EST BIEN LE NUMÉRO 300 SUR GRATITUDE, SI J'EN CROIS CE QUE ME DIT Mr GOOGLE ! Aimons donc ce compte rond. 

Ce numéro 300 sera court, et informatif.
Voilà les quelques événements auxquels je participerai dans les jours à venir. 

Tout d'abord : LIRE À VENCE, le samedi 17 septembre, sur la place du GRAND JARDIN, pour y retrouver un bon nombre d'auteurs de la région, sous un chapiteau joyeux. De 9:30 à 18:00. 




Et le lendemain, le dimanche 18 septembre, ce sera à ROUSSILLON en PROVENCE, dans le Vaucluse, que j'aurai le plaisir de rencontrer les lecteurs et les amateurs d'amateurs d'art en particulier, dans le village d'adoption de mon père, Eugène Fidler, où il a terminé ses jours. Je serai accueillie par la Librairie Croqu' La Vie, que je vous engage à découvrir par la même occasion. 




Ce sera avec plaisir que nous y rencontrerons également Véronique Moraldi, dont j'ai déjà évoqué le travail sur ce blog. 


Et pour finir ce billet en beauté, notez que notre prochain rendez-vous aura lieu au Festival du Livre de Mouans-Sartoux – et cette année je serai sur le stand des Éditions Ovadia, il faudra donc m'y chercher un peu, mais je rajouterai tous les détails en temps utiles. Ce sera le week-end du 7 au 9 octobre prochain.  


À bientôt donc, ici ou là, et n'hésitez pas à partager ce billet, pour le plus grand plaisir de tous, auteurs et lecteurs confondus !


lundi 5 septembre 2016

CLICHÉS EN TOUS GENRES




L'été et les vacances sont la saison rêvée pour accumuler les clichés. Paysages, repas, réunions de famille, fiestas, apéros, tout est prétexte à activer son appareil de photo, qui se trouve être, la plupart du temps, un smart phone – que l'on agitera ensuite devant les yeux de tout un chacun, y compris lorsque l'image est réduite au format timbre-poste, et tant pis pour ceux et celles dont la vue n'a plus son acuité d'antan. 

Ces images s'accumulent dans la mémoire phénoménale de nos e-appareils. Pour ma part je vois qu'il y en a 1591 dans le mien, et franchement, je ne vois pas du tout lesquelles je devrais / pourrais éliminer, même si je passe mon temps à tenter de m'y employer : en vain, car d'autres les remplacent illico. Et je ne dis rien du fameux "nuage" auquel je ne suis pas sûre de savoir accéder. 



C'est général. Mis à part une poignée d'irréductibles, (j'en connais un(e) ou deux) nous avons tous et toutes notre galerie de photos à disposition jour et nuit. C'est magique. 

Alors, que faire de nos vieux albums ? Ils sont lourds, poussiéreux, encombrants. On les regarde peu souvent. Et pourtant, ce sont eux qui contiennent les photographies (dont certaines ont mal vieilli) que nous chérissons plus que tout. Les sortir de l'étagère où ils sont coincés, les uns contre les autres ? Pas évident...

C'est là qu'interviennent plusieurs applications* qui nous permettent de les scanner à partir de notre téléphone, proprement, rapidement, puis de les retravailler une à une, en les rognant, en les améliorant, pour ensuite les stocker dans la mémoire dont je viens de parler. Logique, au fond que ces souvenirs soient sauvegardés dans une autre mémoire que la nôtre, non ? Quelle merveilleuse manière de protéger ces trésors familiaux !

Ce qui compte, au fond, c'est ce désir farouche de tout numériser, afin que rien de précieux ne soit brûlé, noyé, détruit, par un de ces accidents dont la nature est coutumière – et je ne dis rien des méfaits de la nature humaine. 

Mais voilà qu'une autre option se présente pour effectuer la manœuvre inverse, à savoir, IMPRIMER vos clichés. 
Une appli (payante, elle aussi) vous permet d'envoyer votre e-photo et de la recevoir ensuite sous forme de cliché (sur papier) unique, multiple, ou de carte postale que vous enverrez à quelqu'un d'autre, ou même d'album photo, fabriqué (nous dit la pub) en un clic. Quand on sait le temps qu'il faut pour réaliser cette dernière opération, on achète tout de suite !
Elle permet aussi de réaliser des affiches, des magnets pour le frigo, et pourquoi pas, des T-shirts, tout ça en un clic, depuis son téléphone. 

C'est très troublant, tout ça. D'une part on numérise, on rejette le papier et, d'autre part, demeure cette nostalgie de l'imprimé, et même de la carte postale de vacances envoyée de son smart phone, et sur laquelle on ne manquera pas d'inscrire comme sur une vraie : "Bons baisers de partout", car elle prouvera mieux qu'un texto que, oui, même de loin, on pense à ses amis. Bravo l'appli qui la rend palpable. 

Au fond, je ne sais laquelle des deux options je préfère, car les deux me séduisent également. 

Mais, tout de même, pouvoir dans l'instant partager le meilleur et le pire grâce à son téléphone, c'est un miracle des temps modernes, dont je me demande ce que Chaplin aurait fait. 



Ces images sont précieuses, quelle que soit leur forme extérieure. Et pourtant, notre cerveau et notre cœur sont ainsi faits : les instants de bonheur qui y sont gravés sont sans doute les plus "vrais" et les plus précieux pour nous  – nous ne les oublierons que lorsque le temps aura fait son affaire sur nos pauvres méninges. 

Et les mots dans tout ça ? On devine ma réponse. C'est le récit que nous aurons livré de ces secondes d'éternité capturée qui fera vivre ces dernières à jamais.  

Il en va de même pour les êtres aimés qui, un jour nous quittent, inéluctablement. 

Soyons-en sûrs, leur souvenir chatoyant, nuancé, multicolore, demeurera plus vivace en nous que n'importe quel cliché. Même quand la nuit semble très noire, des lumières y scintillent. 



Voilà pourquoi, en ce début septembre, après une fin de mois d'août particulièrement éprouvante pour moi, c'est par le biais de la nature que j'ai souhaité illustrer, et conclure ce billet. 








*Je ne donne pas de marques, vous trouverez tout ça sans problème en ligne et, si vous êtes sur facebook, sans l'avoir réclamé !
... Mais quand même : regardez déjà ICI, et