En vol

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mercredi 28 juin 2017

À SAINTE-MARIE-DE-RÉ : HOMMAGE POSTHUME

L'île de Ré est une merveille en soi. La découvrir est un de ces bonheurs que réserve l'amitié. Mais au-delà des évidences, et des cartes postales qui suivent, elle a réservé une grande émotion à celle qui se passionne pour la grande et la petite histoire de la Seconde Guerre mondiale. 



Les barrières de châtaignier qui retiennent 
les dunes et le sable s'appellent des ganivelles.




Quelques roses trémières 
dans toute leur gloire


...En visitant le cimetière de Sainte-Marie-de-Ré, je suis tombée en arrêt devant six tombes, celles de  sept "soldats" britanniques,* dont cinq sont morts le 17 juin 1940 et deux autres le 16 octobre 1942. 

L'une d'elles, en particulier, a attiré mon attention: celle de William Sullivan, un membre du "Auxiliary Pioneer Corps", l'équivalent du corps des sapeurs – ces hommes qui étaient chargés des tâches les plus ingrates, telles que de creuser des chemins, déblayer les gravats, construire les abris, transporter les morts ou les enterrer... Leur sort m'a passionnée, pour diverses raisons, et ceux qui veulent en savoir davantage sur son histoire peuvent consulter ce site (en anglais). J'ai donc eu envie d'en savoir davantage sur cette victime-là, et sur ses compagnons d'infortune...


La devise du Pioneer Corps était 
"Labor omnia vincit"

On note la pelle et la pioche 
qui figurent sur son blason.
William Sullivan avait 7 enfants, 
dont l'aîné n'avait que 15 ans... 
(information trouvée ici)

Comment ces jeunes gens ont-ils pu être tués à cet endroit ? Pour ce qui est du 17 juin 1940, je n'imaginais pas de combats aussi loin de Dunkerque, ou même de Saint-Malo, d'où ont été évacuées en un repli historique les dernières troupes britanniques. 

Quant aux deux autres, tombés le 16 octobre 1942, le mystère était identique, car même si l'île a été occupée par l'ennemi, qui y a construit des bunkers, je n'avais pas le souvenir que des combats s'y soient déroulés. Puis j'ai vu qu'il s'agissait d'aviateurs, dont l'avion avait dû être abattu dans le coin. 

Dans ces moments de doute, une de mes "personnes ressources" est Joseph Ritson, qui contribue régulièrement au blog WW2. Ses connaissances en la matière sont exceptionnelles. De fait, au vu de mes indications et de quelques photos, il a très vite donné les réponses à mes questions. Avec sa permission, je les utilise ici en français. 

Les cinq soldats britanniques (dont l'un n'a pu être identifié) qui sont enterrés dans ce petit cimetière sont tous des victimes de la plus grande catastrophe de l'histoire de la marine britannique. Ils ont péri lorsque le Lancastria – un navire qui évacuait vers l'Angleterre depuis Saint-Nazaire des troupes anglaises du B.E.F et des civils, dont des femmes et des enfants  – a été bombardé le 17 juin 1940 par des Junkers allemands, vingt minutes après son départ. Les pertes ont été énormes : plus de 4000 victimes, dont le corps de certains n'a jamais été retrouvé, ou identifié.  

Cinq des corps qui reposent donc à présent à Sainte-Marie-de-Ré ont dû dériver après ce naufrage, et y échouer... 



Voilà les noms de ces hommes, dont les familles doivent traverser la Manche pour aller se recueillir sur leur tombe. Le document est celui du CWGC – Commonwealth War Graves Commission – l'association britannique qui s'occupe de recenser les tombes des soldats enterrés en terre étrangère). 


 

Il faut ajouter, concernant cette catastrophe maritime, qu'elle a été entourée d'un silence pesant à l'époque, et pendant des décennies. Ce, pour des raisons politiques. Survenu au moment de la défaite des Anglais en France, de leur évacuation hâtive, avec la Bataille d'Angleterre sur le point de commencer, ce désastre a été classé "secret défense" par Churchill lui-même, avec le souci de ne pas démoraliser l'opinion publique au moment précis (le 18 juin) où il prononçait un  discours parallèle à celui, plus célèbre chez nous, du Général de Gaulle. Le rideau est tombé et le silence a perduré. 

Les victimes du Lancastria ont donc subi une double tragédie, celle du naufrage, et celle de l'oubli, puisque jusqu'à très récemment, celle-ci n'était mentionnée nulle part. Il a fallu attendre 75 ans pour que des cérémonies soient organisées en leur mémoire, en Grande-Bretagne, et à Saint-Nazaire où un monument a été érigé. 

Il m'a donc paru important d'écrire ce billet en français, pour contribuer modestement à ce travail de mémoire. 


Le Lancastria était un paquebot de la Cunard
avant d'être affecté au transport de troupes, 
comme nombre d'autres navires.  

Rare photographie d'un naufrage 
qui dura 20 minutes dans l'estuaire de la Loire. 
On aperçoit les milliers de personnes 
qui s'accrochèrent à sa coque... 
en date du 17 juin 2008.)  

Quant aux aviateurs dont les corps reposent également dans ce paisible cimetière, ce sont ceux de deux des cinq membres de l'équipage du Wellington Mk III, X3946 KO-Q, piloté par le néo-zélandais Douglas Gordon. 


Image prise sur ce site


Leur mission était de déposer des mines le long de la côte ouest, afin de contrer la menace des U-Boats au cours de la Bataille de l'Atlantique. Leur avion n'est jamais revenu.
Le corps du pilote a été retrouvé et enterré à Le-Bois-Plage-en-Ré.

À Sainte-Marie reposent le sergent David Buchanan (co-pilote) et le sergent Cyril George Parr (opérateur radio / mitrailleur). 

Ceux des autres membres de l'équipage – le sergent Cyril Robert Steward et le sergent Edwin Thomas – n'ont pu être formellement identifiés, mais leur mémoire est à présent honorée au mémorial de Runnymede, dans le Surrey.  

Ci-dessous, les six noms, sous une forme plus lisible. On notera aussi parfois ceux de leurs parents, ou de leur épouse. 



Il manque à cette liste celui de la victime inconnue, dont l'épitaphe dit : "A SOLDIER OF THE 1939-1945 WAR" - 17 JUNE 1940 - "KNOWN UNTO GOD" .  


Que tous reposent en paix, en ce lieu paisible. 

Ils ont ici été nommés. 






Pour en savoir davantage sur le LANCASTRIA, cliquez ici (site en anglais), ou ICI (wikipedia, en français), ou encore


~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~


Mes vifs remerciements vont à Joseph Ritson, 
du blog WW2, pour ses liens et documents. 







* Une de ces tombes ("joint grave") est partagée par deux victimes.




1 commentaire:

  1. Félicitations Cathie, et merci pour le compliment !

    C'est vrai L' Île de Ré est non seulement une île magnifique, mais elle a aussi des histoires cachées, si tragiques. Malgré le temps qui passe, nous sommes de tout coeur avec les familles touchées et nous partageons leur chagrin.
    .............

    " La guerre n'est pas une aventure. La guerre est une maladie. Comme le typhus..."

    Antoine Marie Jean-Baptiste Roger, comte de Saint-Exupéry

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